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samedi 9 décembre 2017

Saint Pierre Fourier

Saint Pierre Fourier (peinture sur cuivre, au Musée lorrain.
Saint Pierre Fourier (1565-1640), je connaissais de nom mais je ne m'étais jamais penchée sur sa vie, son histoire. C'est en allant faire un petit tour sur le site: "Notre histoire avec Marie" que j'ai réellement découvert cet homme exceptionnel de charité, de bonté, d'humilité.
Franc-comtoise depuis 26 ans, je ne savais même pas qu'il avait vécut en exil les dernières années de sa vie à quelques 70 kms de chez moi! 
Je reproduis ici le bel article de l'abbé François-Marie Boucher, recteur de la basilique Saint Pierre Fourier à Mattaincourt dans les Vosges, trouvé sur le site nommé ci-dessus.


Contexte historique. 

La vie de Pierre Fourier s’étale sur deux périodes contrastées : une période bienheureuse lors du règne des ducs de Lorraine dont il était le conseiller (Charles III (de 1545 à 1608) et son fils Henri II (de 1608 à 1624)) ; et une période malheureuse qui le mena à l’exil pendant la Guerre de Trente Ans (1618-1648), avec l'occupation des duchés par la France et ses alliés. 


Une enfance pieuse et studieuse. Pierre Fourier naît à Mirecourt (Vosges) en Lorraine, le jour de la Saint-André (30 novembre) 1565, au début de la neuvaine à l'Immaculée Conception. 
Issu d'une famille de marchands de tissus comme saint François d'Assise, il grandit avec ses frères Jacques et Jean et sa sœur Marie : en donnant de tels prénoms, les parents voulaient qu’ils se souviennent de leur vocation à la sainteté. 



Le contexte du temps est marqué par l'application du Concile de Trente, terminé en 1563, et par la victoire de Lépante contre les Ottomans le 7 octobre 1571. Dés son enfance, il est un élève studieux et priant, à un tel point qu'après de brillantes études chez les Jésuites de Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), il est connu par cet adage : « Soit il prie, soit il étudie. » 


Un homme de prière. 

En 1585, Pierre Fourier, âgé de 20 ans, décide de se consacrer entièrement à Dieu chez les Chanoines réguliers de saint Augustin, à Chaumousey près d’Épinal (Vosges). Ordonné diacre en 1588 et prêtre en 1589 à Trèves en Allemagne, il célèbre sa première messe à l'abbaye de Chaumousey le 24 juin. 



Il revient ensuite à l'Université de Pont-à-Mousson, où il suit pendant sept ans des études de théologie et de droit. Il est formé à la théologie de saint Thomas d’Aquin. La Lorraine, partie intégrante du Saint Empire romain germanique, connaît à cette époque une période marquée par le déclin du régime féodal et l'affermissement de l'autorité de l'État. 
Il revient à l'abbaye de Chaumousey en 1595 et administre la paroisse du village qui dépend de l'abbaye jusqu'en 1597. C’est cette même année, le 1er juin, qu’il arrive à Mattaincourt (Vosges) pour y vivre un long ministère de presque 40 ans en appliquant sa devise : « Ne nuire à personne, être utile à tous. » On dit que, quatre décennies plus tard, les paroissiens se souvenaient encore de son premier sermon, marqué par une gravité solennelle. Cette paroisse où résident de nombreux foyers protestants est alors considérée par les autorités catholiques comme un village déchristianisé. 




Le « Bon Père de Mattaincourt ». 

Proche de tous les petits et des humbles, le « Bon Père de Mattaincourt » est l'inventeur du premier « crédit mutuel » en instituant la « Bourse de Saint-Epvre » : une caisse de prévoyance et de secours mutuel pour distribuer des vivres aux miséreux et qui prête sans gage et sans intérêt aux artisans en difficulté. Il organise aussi une soupe populaire et crée un système d'entraide proche de l’actuel Secours Catholique appelée alors « Petite dévotionnette »[1], composé d’une équipe de cinq à six laïques qui collectent des vivres et les distribuent. 

Le Père Fourier promeut par ailleurs des règles d’hygiène simples auprès de la population (nourriture saine, salubrité des locaux, pureté de l'eau) et lutte sans se dérober contre la Grande Peste de 1631-1632 en transmettant notamment à ses paroissiens les pratiques pour limiter la propagation du fléau. 




Lorsque des religieuses lui conseilleront de quitter la paroisse pour échapper à la peste, il leur répondra : « Mes bonnes sœurs, si vous saviez ce que c'est d'être curé, c'est-à-dire pasteur des peuples, père, mère, capitaine, garde, guide, sentinelle, médecin, avocat, procureur, intermédiaire, nourricier, exemple, miroir, tout à tous, vous vous garderiez bien de désirer que je m'absente de ma paroisse durant cette saison » (Lettre du 23 Mai 1631 aux Sœurs de Bar-le-Duc). 

Sa générosité est sans pareille : un soldat de passage, à qui le Père offrit un bon repas le jour de Pâques, lui lance : « Je suis content. Je prie Dieu de bon cœur, pour l’honneur de Son Église, que tous les curés vous ressemblent ! » 


Un enseignant dans l’âme. 


Attentif à la nécessité d’instruire les petites filles de Lorraine, le Père Fourier fonde avec la future
bienheureuse Alix Le Clerc (1576-1622), native de Remiremont (Vosges), dont il est le directeur spirituel, la Congrégation enseignante des Sœurs de Notre-Dame (appelée également la congrégation des Chanoinesses de Saint-Augustin). La première de ces écoles gratuites ouvre en 1598 à Poussay à moins de 10 km au nord de Mattaincourt. Grâce à l’ouverture d’esprit du Père, les religieuses enseignantes feront aussi la classe aux petites protestantes dont on respecte les croyances. 



Au cours de cette expérience, le Père Fourier invente le désormais célèbre « tableau noir » pour l'apprentissage de la lecture en commun. Le cardinal Charles de Lorraine approuve les statuts de la congrégation le 8 décembre 1603, tandis que le pape Urbain VIII donnera son accord en 1628. De nombreuses écoles s’ouvrent dans tout l’Est de la France actuelle (Nancy, Verdun, Bar-le-Duc, Mirecourt…), et jusqu’à Luxembourg en 1627. À la Révolution, la congrégation comptait 84 monastères et 4 000 religieuses. 

En exil. 


« Nous avons un bon Souverain : Notre Seigneur, et une bonne Souveraine : Notre-Dame »
Jacapo Torriti
Choeur de la Basilique Sainte Marie Majeure à Rome (1291-1295)
Vivant la charité et la miséricorde dans sa paroisse, située entre Mirecourt et Vittel, il devient également le conseiller des ducs de Lorraine à un tel point qu'en 1636, il doit fuir en exil en Franche-Comté, poursuivi par le cardinal Richelieu qui veut rattacher la Lorraine à la France. Après quatre années finales de prières ferventes dans la ville de Gray (Haute-Saône) au diocèse de Besançon, il s'endort dans la Paix du Seigneur au lendemain de la fête de l'Immaculée Conception, le 9 décembre 1640, après ces paroles : « Nous avons un bon Souverain : Notre Seigneur, et une bonne Souveraine : Notre-Dame », si bien que son cœur est gardé dans un reliquaire en la basilique Notre-Dame de Gray. Saint Pierre Fourier écrivait : « Je veux mettre ma plume entre les mains de Notre-Dame et ne plus rien écrire qu’en sa présence. »   

Un précurseur devenu saint. 

Basilique Saint-Pierre-Fourier.
Prêtre marial aux orientations sociales, Pierre Fourier est béatifié par le pape Benoît XIII le 29 janvier 1730 et canonisé le 27 mai 1897, voici 120 ans, par Léon XIII. Il repose maintenant dans la basilique qui porte son nom, à Mattaincourt dans le diocèse de Saint-Dié, où il est vénéré comme saint patron des éducateurs et des prêtres de Lorraine. Liturgiquement, il est commémoré le 9 décembre. 

Ses biographes l’ont décrit comme un pionnier de la Réforme catholique (dans le sillage du Concile de Trente) et en matière d'éducation (enseignement des filles et développement de la méthode pédagogique dite « simultanée » où tous les élèves travaillent la même chose en même temps).


[1] Pierre Fourier, Sa Correspondance 1598-1640 recueillie par Sœur Hélène Derréal. Presses Universitaires de Nancy 1989, tome 3, page 391.

Abbé François-Marie Boucher.

Pour clore cet article prenons un instant pour prier avec les mots de Saint Pierre Fourier:

Mon doux Jésus, emprisonnez mon cœur dans l'amoureuse Plaie de Votre côté.

Mon doux Jésus, acceptez, s’il vous plaît,
l’offrande très humble que je vous fais de mon cœur,
afin que vous l’emprisonniez dans l’amoureuse plaie de votre côté.
Ô la belle prison !
Ô l’aimable cachot !
Que David demande des ailes pour s’envoler vers le trône de gloire ;
pour moi, tout le temps que je serai dans cette vallée de larmes,
je ne désire point sortir du Cœur de mon Jésus.
Ô Cœur adorable, que je fonde en vous
et ne sois plus qu’une même chose avec vous !

Ainsi soit-il.