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mardi 29 juillet 2014

Avec les Chrétiens d’Irak...

Pour faire suite à mon article de dimanche, je vous partage cet article de la revue Famille Chrétienne. Grâce aux informations données par le Père Anis Hanna, voici une bonne synthèse de ce qui se passe en Irak en ce moment.

-"En contact régulier avec des chrétiens irakiens, le Père Anis Hanna, dominicain à Lyon, évoque la détérioration progressive des conditions de vie dans la province de Mossoul et les nouvelles menaces des islamistes.
Lundi 28 juillet 2014 c’est l’Aïd el-fitr (fête de la rupture du jeûne), la fin du Ramadan. Ce n’est pas une grande joie pour les habitants de Mossoul car les nouvelles lois de l’État islamique seront appliquées et sans que le peuple puisse donner son avis.
 
Des familles musulmanes quittent régulièrement la ville de Mossoul. Ces gens racontent ce qui se passe sur place. Un avocat qui s’occupait des propriétés immobilières des archevêchés de Mossoul n’a pas caché sa peur personnelle. Il raconte le drame que vivent les habitants de Mossoul, surtout les modestes gens, les modérés, les intellectuels, avocats, médecins, lettrés, professeurs, etc. 
 
Actuellement, les musulmans de Mossoul sont tous de confession sunnite car les chiites ont pris la fuite de peur d’être massacrés par l’EIIL (l’État islamique en Irak et au Levant). Les chrétiens ont été dépouillés et expulsés. Tous les habitants de Mossoul ont été informés des nouvelles lois et de toutes les informations provenant du quartier général de l’EIIL à partir des mosquées, lieux privilégiés que l’État islamique possède.
 
Parmi les nouvelles lois, les hommes et les femmes seront interdits de s’habiller à l’occidentale. Les pantalons sont interdits et toute mode occidentale proscrite.
Les hommes s’habilleront à la manière afghane, d’une sorte de chemise longue jusqu’aux genoux et d’un sarwal (ou sarouel, sorte de pyjama). Ils devront se laisser pousser la barbe et se raser la tête et les moustaches.


Les arts interdits, la charia appliquée.
 
Quant aux femmes qui n’ont plus le droit de travailler à l’extérieur de leur maison, elles doivent être voilées de la tête aux pieds. Et si jamais une femme désire sortir de chez elle, un homme de sa famille doit l’accompagner, sinon elle n’a pas le droit d’être dehors.
 
Les débits de boissons alcoolisées, les salons de coiffure, de beauté, les magasins de produits de beauté sont désormais interdits. La télévision ne peut plus diffuser ni programmes culturels, ni comédies. Ainsi, pas de chaînes télévisées, pas de chanson ni de musique, pas de théâtre, pas d’artistes, ni de poètes. Bref, tout art est interdit. Un de mes amis de faculté, Wathiq, a été mis à mort avec d’autres personnes parce qu’ils travaillaient pour une chaîne de télévision à Mossoul.
 
En outre, l’État islamique a aboli le système judiciaire de la ville. C’est la loi de la charia. Pire encore : les mariages forcés. Les jihadistes de l’État islamique obligent les habitants de Mossoul à leur offrir leurs jeunes filles. Les parents doivent obéir sans poser de question, et les jeunes filles ne doivent absolument pas donner leur avis.
 
Les habitants de Mossoul qui avaient accueilli les jihadistes de l’État islamique au début de juin dernier se mordent maintenant les lèvres regrettant cette nouvelle situation imposée par ces combattants de l’islam sunnite dont beaucoup sont des mercenaires étrangers au pays. Ce n’est en vérité qu’un autre visage d’Al-Qaïda.
 
Démolition totale des lieux de cultes à Mossoul.
Après avoir détruit la statue de la Très Sainte Vierge Marie qui surplombait l’évêché des chaldéens, les terroristes de l’État islamique ont incendié l’archevêché des syriaques catholiques avec tout ce qu’il contenait. Ils ont mis la main sur la très belle église Saint-Ephrem des syriaques orthodoxes et l’ont convertie en mosquée, après l’avoir profanée et dépouillée de tous les objets sacrés. Ils ont pris le monastère des saints martyrs Bihnam et Sarah, et chassé les moines qui y vivaient. Ces derniers sont sortis seulement avec leurs vêtements. Le couvent Saint-Georges (Mar Guéwargues) au nord de Mossoul a été pris par les terroristes. On croit que ce couvent chaldéen sera détruit lui aussi.
Tout le monde vit avec la peur au ventre.

Mais les terroristes ne s’arrêtent pas là. Ils détruisent aussi les mosquées chiites. Trois d’entre elles ont été dynamitées. Et ce qui est très étrange aux yeux des habitants sunnites de Mossoul, c’est de voir leurs propres lieux de culte sunnite, eux aussi, démolis. La mosquée de Nabi Yonis (une ancienne église), celle de Nabi Girgis, celle de Nabi Chit, celle de l’imam Salih, celle de l’Imam Aoun Elddin et d’autres…
 
D’autres villes et villages chrétiens sur la liste des islamistes.
L’État islamique propage des informations selon lesquelles le premier jour de la fête d’el-fitr, le 28 juillet 2014, sera celui de la conquête des villes et des villages chrétiens de la plaine de Mossoul. Parmi ces villes et villages, il y a Qaracoche (45 000 mille habitants), Barttillah (entre 20 000 et 30 000 mille habitants), Karemlesse (5 000 habitants), Telkeff (30 000 habitants), Tellesqif (8 000 habitants), Batnayia (5 000 habitants), Alqoch et d’autres villes importantes.
 
Évidemment la peur et la panique dominent toutes ces villes. Les habitants ont quitté leurs maisons pour trouver provisoirement refuge au Kurdistan. L’archevêque des syriaques catholiques, résidant à Qaracoche, a informé les habitants de la ville par un communiqué. Il encourage ses fidèles à rester dans la ville pour être unis dans la force et dans l’espérance. Il dénonce toute propagation de fausses informations visant à détruire le moral des habitants de Qaracoche. Il exprime sa reconnaissance à l’égard des troupes militaires du Kurdistan qui sont venues protéger la plaine de l’ennemi. Il regrette beaucoup le départ et la fuite des habitants de sa ville. Mais il a laissé le choix et la liberté à ceux qui veulent partir ou même émigrer.
 
La situation est très tendue. Personne ne sait ce qui se passera demain ou après-demain. Tout le monde vit avec la peur au ventre. Les habitants de Qaracoche ont en mémoire les pluies de mortiers tombées sur leur ville, la guerre menée par l’État islamique contre leur ville il y a un mois, les humiliations subies par les familles chrétiennes de Mossoul, leur dépouillement total, et leur perte matérielle."
 
Le Père Anis Hanna.